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Les Valses de Chopin par Eliane Reyes, une passionnante redécouverte

19 Janvier 2018 Au bonheur du piano, Frédéric Boucher

On sait que les Valses de Chopin n’ont rien à voir avec les valses viennoises. Certaines se rapprochent des danses sans en être cependant, d’autres seraient plutôt des danses de l’âme, certaines empruntent des accents à la mazurka, d’autres au nocturne, d’autres encore au Ländler. Chopin utilise ses ressources poétiques et son art mélodique pour évoquer l’atmosphère de la salle de bal ou l’ivresse de la première danse, pour exprimer la joie, la timidité ou la mélancolie… Alfred Cortot avait bien raison de rappeler à l’occasion de l’une d’entre elles les caractéristiques de ces pages célèbres : « subtilité de l’invention musicale, concision aristocratique de la forme et de la notation, furtive nostalgie du sentiment ».  Parce que quelques-unes, ânonnées, défigurées de génération en génération par les élèves les moins doués des cours de piano se sont ainsi vues associées à l’amateurisme le plus pénible, cette partie de l’œuvre de Chopin a été plus ou moins discréditée.

Il existe une quantité impressionnante de versions discographiques de ces valses et, pour être honnête, je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer à la réception de ce CD : « Encore !  mais quelle curieuse idée d’enregistrer de nouveau ces pièces tant rabâchées ! ».

A ma grande surprise, j’ai été, dès les premières notes, conquis par cette interprétation. La magie a opéré instantanément grâce à la musicalité d’Eliane Reyes dont Véronique Bergen a vanté à juste titre le « jeu féérique, inspiré, tout en souplesse et fluidité », mais aussi à vingt-cinq ans de complicité que cette pianiste partage avec ces œuvres. Une complicité qui l’amène d’ailleurs à envisager ces dix-neuf valses non comme ce qu’elles sont, c’est-à-dire dix-neuf pièces sans rapport les unes avec les autres et dont les dates de composition s’échelonnent du reste de l’adolescence jusqu’à deux ans avant la mort du compositeur, mais quasiment comme un cycle. De la première valse qui sonne comme une ouverture à la dernière qui semble résonner comme un adieu, bien qu’écrite antérieurement, Eliane Reyes passe d’une valse à l’autre comme d’une scène à l’autre d’une unique histoire en plusieurs tableaux. Et cette approche globale des Valses de Chopin ouvre une perspective nouvelle et passionnante à ces pages qu’on a, moi le premier, souvent regardées un peu trop hâtivement avec condescendance. Proposées sous cet angle, elles trouvent en effet toute leur place dans la littérature romantique pour piano et prennent une valeur qu’on ne leur soupçonnait pas. Ce CD, publié chez Azur Classical, est une complète réussite.

Je ne suis visiblement pas le seul à avoir apprécié cet enregistrement : René Martin a invité Eliane Reyes à La Folle Journée de Nantes où elle donnera deux concerts dont un, le samedi 4 février à 9h30, consacré justement à ces Dix-neuf Valses de Chopin.