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Reyes, entre Barshaï et Ashkenazy

December 9 1999 Reyes, entre Barshaï et Ashkenazy

Reyes entre Barshai et Ashkenazy

Une rareté est à épingler, dans la programmation du Festival Beethoven de l’OPL.

Une rareté est à épingler, dans la programmation du Festival Beethoven de l’OPL : la transcription pour piano de son concerto pour violon, que l’on désigne parfois sous l’appellation « Concerto pour piano no 6″. Encore faut-il préciser de quelle partition l’on parle, comme nous l’explique Eliane Reyes, la jeune pianiste belge sollicitée par l’OPL pour l’interprétation de cette oeuvre (1). Il existe en effet deux versions de cette transcription , nous explique-t-elle : la première, réalisée par Beethoven lui-même, est la plus pianistique dans son adaptation de l’écriture soliste. Le compositeur en a réalisé une autre transcription, pour l’un de ses élèves; c’est cette dernière version, plus proche de la partition originale pour violon, que l’on m’a demandé de jouer sous la direction de Rudolf Barshai.

On retrouvera avec plaisir cette pianiste dont le talent s’est affirmé ces dernières années, dépassant souvent les frontières de notre pays. Récemment, Eliane Reyes a effectué une tournée en Allemagne, avec l’Orchestre philharmonique de Bonn : Stuttgart, Hambourg, Berlin,… ont été les étapes d’un voyage au cours duquel elle a joué le concerto de Schumann à six reprises. Nous avons joué dans de grandes salles pouvant accueillir plus de deux mille personnes, et j’ai été très frappée par la chaleur et l’enthousiasme du public. L’engouement pour la musique est toujours aussi fort en Allemagne, peut-être est-ce dû au fait qu’on continue de l’enseigner dans le cadre des études générales. L’outre-Rhin semble en tout cas réussir à la pianiste belge, qui a donné récemment à Berlin un récital dont les conséquences la réjouissent particulièrement. Martha Argerich, avec qui elle est en contact régulier depuis le début des années nonante, l’a en effet présentée à Vladimir Ashkenazy qui, séduit par son jeu, lui a ensuite organisé un récital à Berlin le 12 octobre. Suite à cette soirée, Ashkenazy l’a ensuite engagée pour une série de concerts à Prague en 2001.

Comme beaucoup de jeunes musiciens, Eliane Reyes tente l’impossible pour être présente sur la scène musicale. La vie n’est pas toujours facile pour nous… Personnellement, je trouve que le battage médiatique fait trop de cas du Concours Reine Elisabeth et il me semble que l’attente du milieu musical est un peu exagérée par rapport à cet événement.Je sais ne pas être la seule musicienne belge à penser de la sorte. N’ayant pas dépassé le cap du premier tour en mai dernier, a-t-elle l’impression de « payer » aujourd’hui pour la déception que d’autres ont ressentie? Je ne sais si c’est un hasard, mais il se fait qu’on m’a moins demandée par la suite… Le problème est peut-être plus général: les bureaux de concerts ne semblent pas toujours prêts à vouloir prendre beaucoup de risques en ce qui concerne les jeunes musiciens en Belgique.

L’année qui arrive sera surtout consacrée à la musique de chambre, plusieurs concerts étant prévus avec la violoncelliste Marie Hallynck et le clarinettiste Ronald Van Spaendonck. Nous avons déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises et nous nous retrouvons toujours avec énormément de plaisir. J’ai d’autre part très envie de me consacrer à tout un répertoire de musique belge qui a plutôt disparu des affiches (je pense à des compositeurs comme Joseph Jongen ou Jacques Leduc, par exemple).

(1) Liège, Basilique Saint-Martin, le 18 décembre.

Michel Debroco, le SOIR 09 décembre 1999