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Reviews

Invitation au rêve

16 janvier 2014 Le Vif

INVITATION AU REVE
Eliane Reyes
Culture/Musiques
Entretien: Barbara Witkowska

La talentueuse pianiste belge revient à Alexandre Tansman avec la subtilité qui lui est coutumières.
Pour un récital de toute beauté.

Compositeur français d’origine polonaise, Alexandre Tansman (1897-1986)fut le brillant représentant des courants néo-classiques du xxè siècle.Après des décennies d’oublie, sa musique connaît un réveil glorieux, dopé par le toucher rare d’Eliane Reyes. Enfant prodige à 3 ans, premier concert à 5 ans, à Durbuy, l’Ecole des fans de Jacques Martin à 10 ans, premier prix au Conservatoire à 13 ans, puis perfectionnement avec Jean-Claude Vanden Eynden, le seul lauréat belge du concours Reine Elisabeth, catégorie piano, cette artiste née à Verviers en 1977 est aujourd’hui l’une des plus illustres pianistes belges. Soliste et chambriste à la fois, elle donne ici la pleine mesure de la richesse de sa palette sonore.

Le Vif/L’Express: Deux ans après la sortie du premier cd dédié à Alexandre Tansman on vous sent très heureuse de revenir à ce répertoire. Pourquoi?
Eliane Reyes: L’âme slave dans toute sa splendeur et les nombreux sentiments qui colorent sa musique me parlent énormément. Ce CD est le dernier enregistrement inédit des oeuvres pour piano de Tansman et comporte des oeuvres aussi importantes que les Trois Ballades. Et puis, vous connaissez les liens entre Tansman et notre pays puisqu’il a été élu à l’Académie Royale de Belgique en 1977,l’année de ma naissance. L’Académie m’a d’ailleurs permis de lui rendre un bel hommage en 2012.

Selon quels critères choisissez-vous les oeuvres de votre répertoire?
E.R: J’essaie d’alterner entre des oeuvres faisant partie du grand répertoire et satisfaire ma curiosité en valorisant des compositeurs oubliés.
La musique est soumise à des effets de mode. Je considère que mon rôle d’interprète n’est pas de la suivre mais de contribuer à la créer avec mes convictions. Et le coup de coeur est ce qui me guide en premier.

Depuis un an, vous êtes professeur au Conservatoire de Bruxelles. Quelles satisfactions y trouvez-vous?
E.R: Ayant eu la chance de côtoyer de nombreux grands artistes généreux depuis mes débuts, j’avais naturellement envie de faire profiter à d’autres pianistes ce qu’ils m’ont transmis. La transmission est naturelle, tout comme le fait d’avoir des enfants. Mes élèves sont comme un miroir pour moi. J’y vois mes qualités comme mes défauts et je leur sais gré de me donner l’occasion de me perfectionner. En prodiguant des conseils on s’aperçoit de la relativité des choses.

A quoi reconnaît-on un grand pianiste?
E.R: Certainement pas au marketing ni au nombre de concerts…Il y a beaucoup d’injustice dans ce métier car je connais des tas de jeunes pianistes qui pourraient être la relève de Richter mais qui n’ont pas les contacts ou la machine médiatique derrière-eux…Il faut aussi différencier un grand pianiste d’un grand artiste. Pour être un bon « mammifère concertivore digitigrade », il y a des éléments concrets tels qu’une technique suffisante et, bien sûr, un sens du style mêlé à son propre ressenti…Prenez Martha Argerich qui, toujours sincère, nous offre un message musical d’une puissance de joie incommensurable. Dans la jeune génération, un Nicholas Angelich ou un Frank Braley sont de vrais artistes.

Votre prochain projet discographique porte sur Benjamin Godard.
Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ce compositeur tombé dans l’oubli?
E.R: Depuis toujours mon attrait pour la musique française me pousse à explorer cette veine et, en tant que grande romantique, le XIXè siècle a tout pour me séduire. L’essentiel de la musique de Godard tourne justement autour de la séduction et d’un pittoresque un peu fané.Et savez-vous que Godard était élève de Vieuxtemps?La Belgique n’est jamais très loin de mes choix…