ElianeReyes

télécharger le press kit

Reviews

Partager la musique (Michèle Friche)

August 2009 Le soir

Eliane Reyes, pianiste belge, accompagnatrice officielle du Concours Reine Elisabeth et surtout chambriste, jouera sous les étoiles de la nuit de Belœil.

Rencontre

Ce petit bout de femme souriante, spontanée, chaleureuse, a illuminé le dernier Concours Reine Elisabeth : est-ce un hasard si trois de « ses » violonistes, Lorenzo Gatto, Kim Suyoen et Yoon Soyoung, se retrouvent parmi les lauréats ?

Eliane Reyes participera à la Nuit de Belœil ce 22 août avant un récital avec Gatto en septembre et la sortie de plusieurs disques. Rencontre avec cette jeune chambriste hors pair que le statut d’enfant prodige promettait à la virtuosité solitaire. « C’est un choix délibéré de faire de la musique de chambre, par une vraie attirance du répertoire, et parce que j’aime être au service d’un musicien, alors qu’en soliste, tous les regards sont braqués sur vous… cela peut être grisant, mais le dialogue musical colle mieux à ma personnalité. J’ai arrêté l’école très jeune, à 12 ans, pour entrer au Conservatoire, puis à la Chapelle musicale Reine Elisabeth. J’avais un précepteur à la maison, mais le contact avec les autres m’a manqué. Je compense… Mais je continue de jouer en solo, parce qu’il faut aussi s’imposer… pour que d’autres musiciens viennent vous chercher. » N’y entendez pas de regret, Eliane Reyes préfère parler de destin dans une famille où tous jouent le langage de la musique, jusqu’au jeune frère David qui cartonne à Paris dans la composition de musique de films (Le renard et l’enfant, c’est lui).

« Ma mère et mon beau-père Jean-Claude Vanden Eynden m’ont guidée le mieux possible dans mon parcours musical et je ne me suis jamais posé la question de faire autre chose, même si je me disais que si ça ne marchait pas je pourrais devenir photographe ou interprète ou psychologue… Qui peut prévoir une tendinite irrécupérable ? » Celle qui a donné ses premiers concerts à 5 ans et fit exploser l’audimat de L’école des fans de Jacques Martin à 9 ans, immédiatement prise en main par la Fondation Cziffra et Tibor Varga, a aujourd’hui deux enfants pour qui elle refuse le forcing. « Ils sont équilibrés, ils aiment la musique, tranquillement. » Quant à la figure tutélaire (et paternelle) de Jean-Claude Vanden Eyden, elle n’a pas engendré de rivalité, « mais un complexe, oui », précise Eliane.

« C’est un vrai génie ! Mais nous n’avons pas le même jeu, différemment sensible, plus féminin. Il m’a encouragée dans ce sens. Je n’ai pas été 3e au Reine Elisabeth à 16 ans comme lui, mais j’ai quand même trouvé un moyen de m’en sortir en devenant pour la seconde fois accompagnatrice officielle. »

Et cette expérience, elle n’est pas près de l’oublier. « Je me suis investie à plein temps, je me suis passionnée pour le formidable et difficile imposé de Claude Ledoux qu’il a lui-même voulu comme une page de musique de chambre. J’ai travaillé jour et nuit pour creuser ses convictions musicales, pour arriver blindée au concours comme si j’étais moi-même candidate ! Vu l’état de stress des concurrents, il faut être en béton pour les soutenir. J’ai eu beaucoup de chance avec eux. Nous avons énormément dialogué. Et je n’aurais pas pu être aussi libre s’ils ne m’avaient pas laissé la place pour l’être. »

Des contemporains

plus consonants

Eliane Reyes nage dans la musique de nos jours comme un poisson dans l’eau. Elle la joue, l’enregistre.

« On a des super compositeurs, c’est un devoir de défendre ce patrimoine, mais surtout un plaisir. Mon oncle Philippe Terseleer était un spécialiste de la musique belge, d’André Souris, Henri Pousseur, Pierre Bartholomée. Moi, j’en choisis peut-être de plus consonants, les Benoît Mernier, Michel Lysight, Jean-Luc Fafchamps, Claude Ledoux… J’essaie d’en introduire l’un ou l’autre dans chacun de mes programmes. Je ne veux pas trop rester dans le grand répertoire traditionnel. Peut-être parce que ça me rappelle trop mon passé d’enfant prodige. J’ai fait des recherches sur la musique mexicaine et d’Amérique latine. Là aussi j’ai des racines. Si ma mère est une pure Verviétoise, mon père, violoniste, que j’ai très peu connu, est franco-mexicain. Et je me sens attirée par les couleurs de cette musique, son côté passionné. En jouant à Cuba, où j’ai gagné un concours il y a trois ans, j’ai découvert que Ravel était l’ami d’un compositeur cubain, Ernesto Lecouana, et que Chopin avait inspiré Manuel Ponce, un Mexicain. » Il n’en fallait pas plus pour qu’Eliane Reyes construise des programmes mêlant les uns et les autres ! Avec son complice et ami Ronald Van Spaendonck, elle vient aussi d’enregistrer pour Fuga Libera un ensemble de sonatines pour clarinette et piano

du XXe siècle qui comporte trois premières mondiales (Raymond Chevreuille, Marcel Poot et Nicolas Bacri) et une œuvre de Joseph Horowitz que nos deux compères ont travaillée en sa compagnie à Londres. Un autre disque suivra consacré aux Intermezzi d’Alexandre Tansman pour Naxos. Et les projets de concert ne manquent pas (dont un récital de mélodies avec Elise Gäbele) pour celle qui partage l’enseignement du piano et de la musique de chambre entre Bruxelles et Paris.

Le 22 août, à partir de 18 heures, Nuit musicale du château de Belœil. 070 222 007. www.070.be

Le 13 septembre, à Ittre, au Palais Plume,

récital avec Lorenzo Gatto. 010 61 60 15.

www.festivaldewallonie.be

www.eliane-reyes.com